« Mon histoire en DA commence avant DA »

Mon histoire en Dépressifs Anonymes (DA) commence avant DA. La prise de conscience de ma dépression remonte au covid, aux divers confinements, couvre-feu, etc. Pendant cette période je n’ai plus envie de rien, je ne fais plus vraiment rien depuis un moment. Ce qui occupe mes soirées en dehors du travail est mon addiction à la pornographie qui a en grande partie tué ma réputation dans mon lieu de vie (mes week-ends sont guère plus actifs). Je perds 5 kilos, au coucher, je passe mon temps à demander à ma femme si elle m’aime de façon insistante (et je l’agace). Je pense à me foutre en l’air chaque jour. J’y pense au réveil, pendant la journée. Je ressasse, je repense au passé.

Au travail, je suis tellement dans ma tête et pas à ce que je fais que je suis dangereux pour moi et les autres. Je n’arrive pas suffisamment à réfléchir avant d’agir, je suis un zombie. Je confonds vouloir améliorer efficacité et organisation, avec la précipitation tête dans le guidon.

Je passe mon temps à mentir sur la réalité de ma vie, à mentir au boulot, à ma famille, aux relations sociales, et à ma femme, car la vérité m’est insupportable. Je suis dans le déni.

Je suis partagé entre colère, tristesse, regrets, apitoiement, nostalgie disproportionnée,…

Je comprends que j’ai une dépression. En fouillant sur le net, je découvre par hasard que j’ai un problème d’addiction à la pornographie. Plus tard, je comprendrais qu’il s’agit plus largement d’une dépendance sexuelle. Je découvre SA (Sexoliques Anonymes). C’est mon 1er contact avec les fraternités en 12 étapes. Je pense, à tort, que l’essentiel de mon problème dépressif vient de là.

Plus je me rétablis sur le plan de l’addiction sexuelle, plus je commence à percevoir plusieurs autres problématiques. Un trouble du comportement borderline, un trouble de personnalité évitante, une forme d’immaturité émotionnelle avec une incapacité à gérer mes émotions de façon rationnelle et raisonnable. Cela amène pas mal de problèmes relationnels entre autres.

Je déménage, je change partiellement de cadre de vie, je suis sobre sexuellement et je fais en sorte de changer certains comportements chaque jour, 24h après 24h. Mais la dépression est toujours là. Ma femme apprend quelque temps après notre déménagement une partie de la vérité sur mon addiction et elle en saura plus après un rendez-vous chez un thérapeute spécialisé. Là elle me dit que mon addiction et ma réputation lui importent peu, la seule chose qui l’inquiète, c’est que je veuille mettre fin à mes jours, chaque jour.

J’en parle à un membre SA et il me parle de DA.

Je fais une première réunion assez rapidement, puis d’autres. Je prends du service quelques mois plus tard. Voilà bientôt 3 ans que je suis en DA, j’ai fais pas mal de réunions visio, j’ai contacté des personnes quelquefois en dehors de réunion, j’ai pu partager certaines choses, mettre en place des stratégies face à certaines problématiques.

J’ai également un travail à faire sur la dépendance affective et je dois être vigilant sur l’alcool. Je participe donc à certaines réunions dans des fraternités concernant ces dépendances.

Tout n’est pas réglé, mais il semble que j’ai de meilleurs comportements avec les autres et aussi pour moi, même si ce n’est pas toujours parfait. Je n’ai plus envie chaque jour de mettre fin à mes jours, je ressasse un peu moins le passé. Je suis mieux dans ma relation de couple (un poids énorme m’a été enlevé), mes comportements au volant et au travail sont meilleurs. Je ne suis plus excessif, j’observe mon environnement avant d’agir pour garantir la sécurité, je suis moins dans ma tête et plus dans le présent. J’essaye d’apprendre à poser des limites à autrui sainement, ce que je ne savais pas faire.

J’essaie de changer mes modes de pensées, mes modes de comportements,…

Je lis certaines choses, je regarde des documentaires.

Je change mon mode de vie.

DA est un outil dans une démarche globale de rétablissement, mais je pense qu’il en est devenu un outil important, avec quelques amis privilégiés. Je ne suis plus seul avec ça, je ne me repose pas entièrement sur les autres, je ne suis plus en dépendance affective.

Je ne cherche plus à tout prix à tout régler tout seul car cela est difficile voir impossible, qu’il s’agisse de dépendance ou de dépression.

© Dépressifs Anonymes